29.11.2006

Introduction (5)

Pour ce faire, nous avons organisé notre travail en trois périodes différentes. Dans un premier temps, nous allons nous livrer à la présentation des données de nos recherches. Après avoir donné la bibliographie concernant notre sujet, bibliographie en six temps, nous nous livrerons à un commentaire historiographique et synthétique des différentes notions apportées par les ouvrages collectés. Ensuite, dans un second temps, nous présenterons nos sources, toujours en les commentant.

A partir de là, nous livrerons un bilan de notre sujet, traitant donc principalement des différentes opérations dont nous avons pu trouver la trace et permettant de confronter les politiques engagées avec leur réalité sur le terrain.

Puis, à partir de cette étude, limitée localement, nous élargirons le propos au domaine du patrimoine tout entier. C’est le sens de notre quatrième et dernière partie. Nous y effectuons ainsi une explication de la problématique qui soutiendrait un travail plus approfondi. Cette problématique est bien sûr appelée à être étayée, renforcée voire modifiée selon le résultat de nos futures recherches.

Introduction (4)

Enfin il nous faut justifier le choix du cadre géographique. Il nous a été dicté par les différentes contraintes administratives qui accompagnent la mise en place des politiques de conservation. En effet les Monuments historiques sont organisés par régions. La très vaste région Midi-Pyrénées (15) est en réalité entièrement organisée autour de la ville de Toulouse, le pôle artistique à partir duquel s’est diffusé indubitablement l’art des retables. Il nous a semblé donc logique de commencer notre recherche par la ville elle-même. Or celle-ci a perdu, au fil de son histoire, de nombreux retables, qui, pour certains, ont été transportés dans d’autres villes du département. Dès lors, l’élargissement au territoire départemental entier nous a paru signifiant. Il nous a paru également plus simple de nous y restreindre pour délimiter notre corpus puisque celui-ci proposait alors un champ de recherches assez concis et à la fois assez large pour nous permettre de faire une étude synthétique de notre sujet.

Cependant, ce choix, dans un premier temps, nous a semblé problématique car, à l’époque de la construction des retables étudiés , le territoire de la Haute-Garonne actuelle n’existait pas (16). En effet, au XVIIe siècle, celui-ci appartenait à plusieurs provinces : la province de Guyenne au Nord et à l’Ouest, la province de Languedoc au Sud-Est et le Comté de Comminges au Sud-Ouest (Fig 1). Cet état de fait peut rendre difficile l’appréhension des retables XVIIe comme un facteur de cohésion patrimoniale (17) même si ses disparités font de la Haute-Garonne un département représentatif. Nous verrons plus loin si cette tripartition se retrouve dans la répartition des opérations de conservation, si elle a été un obstacle ou au contraire une chance au bon déroulement de celles-ci.
Qui plus est, le respect des territoires du XVIIe est absolument impossible au vu de l’organisation actuelle des Monuments historiques. En effet, ces territoires sont aujourd’hui à cheval, non seulement sur plusieurs départements, mais également sur plusieurs régions. Ce qui rend impossible l’analyse d’une politique, puisque chaque région possède son propre conservateur des Monuments historiques, et est donc l’objet d’une politique particulière.



Notes :

(15) Cette région englobe les départements de l’Ariège (09), de l’Aveyron (12), de la Haute-Garonne (31), du Gers (32), du Lot (46), des Hautes-Pyrénées (65), du Tarn (81) et du Tarn et Garonne (82). Sa superficie représente 1/8 du territoire français total ce qui en fait une des régions les plus vastes de France. Cela nous a obligé à restreindre plus précisément les limites géographiques de notre corpus.
(16) En effet les départements ont été créés en 1790.
(17) Ainsi on peut se poser la question de la légitimité d’une politique de conservation des retables dans un département si disparate là où elle apparaît évidente pour d’autres départements, comme c’est le cas, notamment, dans les Pyrénées-Orientales. Ainsi, les retables y sont reconnus par la population autochtone et extérieure comme un attribut du département. Ils possèdent un sens historique et géographique certain, qui permet la construction d’une identité et d’une appropriation par les habitants locaux de leur patrimoine.

Introduction (3)

Nous nous efforcerons donc de répondre à ces questions par l’étude de la conservation des retables XVIIe en Haute-Garonne. Le choix des limites « historiques » et géographiques de notre sujet peuvent paraître discutables à première vue. Elles nous ont pourtant semblé les plus efficaces dans une première approche du problème de la conservation, les plus efficaces car nous donnant un cadre bien précis et un corpus d’étude suffisant.



La réelle limite temporelle de notre étude s’étend sur tout le XXème siècle. Car si les retables ont souvent été l’œuvre de petites opérations de conservation ponctuelles, celles-ci étaient effectués par des artistes et ne présentaient rien d’exceptionnel. C’est à partir de la création des Monuments historiques, que la pratique de la conservation est peu à peu devenu un métier à part entière (13) jusqu’à sa politisation, phénomène que nous avons déjà évoqué. En ce qui concerne la restauration, on observe un intéressant glissement sémantique. En effet, comme on l'a évoqué ci-dessus, la plupart du temps, avant le 20ème siècle, on parle de restaurations au pluriel dans le sens où il s'agit de petites opérations de retouches, de repeints voire de remplacements de parties abîmées. Or à partir du milieu du XXème siècle, la restauration devient un phénomène singulier, signifiant une action longue et "spectaculaire" qui concerne un objet particulièrement abîmé. Au fur et à mesure que la restauration se professionnalise, elle semble s'opposer à la notion de conservation, alors qu'elles étaient presque synonymes à l'origine.



Mais ce n'est pas seulement la pratique de la restauration qui a muté pendant le 20ème siècle, on trouve dans la définition même du patrimoine une mutation importante. Celle-ci devait, elle aussi, être montrée par notre travail. Nous avons ainsi choisi de ne nous consacrer qu’au traitement réservé aux retables construits au XVIIe siècle alors que très souvent, dans les différents ouvrages consacrés au sujet, les auteurs ne différencient pas les siècles, la période moderne formant un tout signifiant. Elle correspond à une étape fondamentale dans l'histoire de l'objet lui-même.

Le retable est un objet mobilier religieux qui est utilisé dans le culte catholique depuis le Moyen-Age. Il est alors le plus souvent composé de plusieurs panneaux qui peuvent se plier et se déplier au fil des heures de la journée ou de l’écoulement de l’année liturgique. A partir de la Renaissance, le retable va avoir une nouvelle place au sein de la liturgie et va gagner en importance. Mais c'est surtout après la Contre-Réforme qu'un nouveau rôle va lui être dévolu (14). Pour de nombreuses raisons, le retable va connaître un engouement sans précédent durant les XVIIe et XVIIIe siècles. Puis sa diffusion stagne pour décliner lentement tout au long du XIXe siècle, sombrer ensuite dans un oubli relatif durant les deux premiers tiers du XXe siècle avant de réapparaître aux yeux du grand public vers la fin des années 1970.

La période moderne est donc une période clé pour la diffusion des retables, elle en est même l'apogée, puisqu'ensuite au XIXème siècle, même lorsque l'on crée un retable, il le sera par rapport aux modèles modernes. L'on pourrait nous objecter que parmi les deux siècles qui était à notre disposition, la période choisie n’est pas la plus importante. Les retables XVIIème ne présentent ainsi que les prémisses de cet art populaire, il existe certes quelques chefs-d'oeuvres mais ils sont plutôt rares comparés aux productions du XVIIIème siècle, bien meilleures artistiquement parlant. Or c'est bel et bien ce jugement qui est sensé avoir été enterré avec la mutation du concept de patrimoine.

Car c’est justement par leur caractère de "prémisses" que les retables XVIIe justifient l'étude que nous en avons faite puisqu'ils se placent, alors, dans le cadre de la définition contemporaine du concept de Patrimoine. En effet, cette définition contemporaine se fonde sur une appréciation ethnologique des objets patrimoniaux et non plus sur une appréciation artistique, ne récompensant que ce que l’on considère comme le plus « beau » à bénéficier d’un régime de faveur. L’œuvre d’art représente, dans cette nouvelle approche, un moyen de comprendre l’Histoire et dès lors tout élément, qu’il soit un chef-d’œuvre ou non, est signifiant. Ainsi les œuvres sont alors le sujet d’une analyse sérielle et non plus individuelle. Dans ce cas, il faut sauvegarder tout objet susceptible d’apporter des données et non plus une petite partie, considérée plus "représentative", d’entre eux.

Privilégier le XVIIe nous a donc semblé un moyen de percer les réelles motivations de la politique de conservation concernant les retables modernes, de confronter la réalité des pratiques des politiques de conservation aux théories qui en sont à l'origine. Cette volonté patrimoniale ethnologique que l’on n’a de cesse de proclamer depuis les années 1960 est-elle réellement mise en œuvre sur le terrain ?




Notes :


(13) entraînant la création d'archives, ce qui rend dès lors possible un travail d'historien.
(14) En effet, il va être un des médiums les plus efficaces pour répandre les idées de l'Eglise catholique, en réponse aux critiques des Protestants. La liberté relative laissée par la composition du retable permet à chaque commanditaire de choisir les messages à délivrer à la foule par le biais des illustrations, des gestes. Le retable, support de statues, de tableaux mais également du tabernacle permet de créer toute une mise en scène, permet
soulignant certains aspects du dogme, ceux qu'on juge les plus signifiants. Ainsi, au centre du retable on trouve souvent un tabernacle, qui doit être le point de rencontre des regards puisqu'il contient le "Corps du Christ", l'incarnation du mystère de la transubstantiation. Ce mystère est véritablement au centre de la célébration cultuelle et devient le fer de lance de la Contre-Réfome. Mais bien plus, le retable moderne permet de réaffirmer l'importance du culte des Saints, de la Vierge et de la Sainte Trinité, éléments du culte qui sont complètement rejetés par la Réforme.